Gros plans et instantanés

 

 

 

 

Longue jupe indienne

Et la démarche

Lente

Et souveraine

 

 

 

Quarante ans

La barbiche

La bouche ouverte en rond

Autour d'un chewing-gum

Je crains qu'au prochain

Tilt

Y tombent

Les billes des yeux

 

 

 

Moins jolie

Qu'elle ne l'imagine

Elle se gâche tout à fait

En un festival de fards

Et de mines

 

 

 

Costume Mao

Et la tignasse ébouriffée

Mal délavée de sommeil

 

 

 

Epaules voûtées

De grand gaillard las

Serviette boursouflée

Et l'insolence désabusée du regard

De qui sait

De quoi sont faits les dossiers

 

 

 

Le cheveu

Frisé dans le cou

Et l'œil rapace

Rivé

Sur la braise du cigare

Entre les dents

 

 

 

La voix et le pied haut perchés

Mal quillée

Elle godille

D'amuse-gueule en canapés

 

 

 

De droite à gauche

Et de gauche à droite

Inexorablement

Sur toutes choses

Plane 

Le nez satisfait

 

 

 

Moustache en balayette

Le pouce entre les dents

Comme s'il tordait une pièce

Pour avoir l'air méchant

 

 

 

Les yeux tombent

Sur les joues

Les joues

Sur le menton

Le tout

Sur le plastron

 

 

 

Les cheveux blancs

Blanchis par le temps

Tressés à l'ancienne

La bouche grignoteuse

Et les yeux

Qui réfléchissent du Bon Dieu

 

 

 

Le front fuyant du gorille

Passons

L'œil sanguinaire

Les mâchoires saillantes

Qu'y faire ?

Le costume bagarreur

Cela pourrait s'arranger

Mais au mauvais goût sans appel

Des chaussures

Je renie toute indulgence

 

 

 

Deux mains pendantes

Deux mains énormes de malabar

Et le visage comme une enclume

Quelle chance

Le strabisme

Qui lui donne l'air un peu malicieux !

 

 

 

Costume discret

Geste gauche

Toupet raide

Et les lunettes

Jetées en avant comme un escargot

Il cherche son chemin

 

 

 

Quelle idée fumeuse

Avec des joues aussi rondes

D'emboucher sa cigarette

Comme un pipeau !

 

 

 

Le geste et le regard

Perdus

La casquette

Effarée

En arrière sur le crâne

Dégarni et perlant

 

 

 

Baskets au premier plan

La tête au loin

Comme un petit pois

Au-dessus d’un tee-shirt

Chlorophylle

 

 

 

Pommettes violacées

Le visage en désordre

À la terrasse crasseuse d'un bistrot

Il trempe avec application

Des mouillettes

Et les doigts !

Dans son chocolat

 

 

 

La tête s'abaisse au fil des pages

Dans un mouvement soutenu

D'attention

Aux nouvelles du journal

Mais soudain se relève

Jusqu'au menton

D'indignation

 

 

 

Paris le soir

La pluie

Le froid

Nu pieds en plastique arc-en-ciel

Comme les traces de gazole dans le caniveau

Elle avance par à coups

Cassée

Traînée en laisse par son basset

Jusqu’à quel réverbère ?

 

 

 

Cheveux libres

Cheveux noués

Chemisier blanc

Jupe plissée

Et chuchotis de bon aloi

Et Jésus

Et Marie

Dans les regards

Furtifs

Des jumelles

 

 

 

Elle lave sa voiture

À la main

Avec attendrissement

Comme un petit éléphant

 

 

 

Blonde par nécessité

Par hasard à mon côté

Elle balaie d'une mèche

La page convoitée

Et m'en dérobe à jamais

La lecture

 

 

 

Comme un ange du Pérugin

Il glisse sur ses rollers

Les ailes repliées

Dans un sac parachute

La tête

Dans un nuage de musique